A lire cet été : "Désir d'emploi"

A lire cet été : "Désir d'emploi"

Dans "Désir d'emploi, pour tous ceux que le travail ignore", Thierry Delarbre et Jacques Pansard apportent leur réflexion sur le monde du travail de demain. Comment intégrer les jeunes, mobiliser les seniors et repenser le marché de l'emploi ? Face à ces questions, les auteurs font des propositions concrètes et appellent à une révolution de nos schémas de pensée. Entretien.

(b)Ce livre est une réflexion alimentée par des années de travail en tant que consultants en organisation ?(/b)

Thierry Delarbre : C'est aussi un coup de colère et le résultat d'un certain nombre de réflexions sur des dérives que l'on constatait à la fois dans la qualité du service offert aux clients et aux usagers et finalement en entreprise, sur la façon dont étaient traités les jeunes, les seniors, les fournisseurs...

Jacques Pansard : Ce qu'on a constaté en entreprise a aussi été accéléré par le vécu de nos enfants. Quand on a vu que des jeunes Bac+5 étaient rejetés on s'est dit : ce n'est pas possible, notre société marche sur la tête.

(b)Vous parlez des métiers d'avenir, comment les percevoir ?(/b)

Jacques Pansard : Nous n'avons pas de boule de cristal mais une chose est sûre, il y aura demain deux grandes catégories de métiers : les métiers à forte valeur ajoutée et les métiers de proximité. Nous aurons besoin de métiers de services comme chauffeur de taxi, assistante sociale, médecin, aide à domicile, avocat. Dans la proximité il y a une foultitude de métiers, comme les services à la personne, la maintenance, l'assistance technique de proximité... Le poste de plombier a encore un bel avenir devant lui. Tous ces métiers qui exigent un contact direct avec le client ont encore de l'avenir. En revanche, les métiers qui se font dans des bulles administratives, où il n'y a pas un contact intuitu personae, sont menacés, sauf s'il y a une expertise et un savoir-faire très fort comme dans la recherche. Même l'inspecteur des impôts ou la caissière de supermarché sont menacés.

(b)Le monde du travail change rapidement, selon vous il faut intégrer plus rapidement les jeunes à la vie active et ne pas faire d'études trop longues...(/b)

Thierry Delarbre : Aujourd'hui, les Bac+5 font le travail des techniciens supérieurs d'autrefois. On pousse les gens très loin, mais on n'est pas à même de leur donner un niveau de responsabilité ou un intérêt dans le travail en rapport avec leurs études. Pourquoi cela ? Simplement parce que la possibilité de reprendre des études en cours de route n'est pas assez favorisée. On devra changer de métier plusieurs fois dans son existence, donc on aura forcément des périodes de formation à répétition, et ça, il faut le faciliter. On fabrique de l'élitisme forcené et on ne facilite pas la progression de ceux qui devront passer de toute façon par une ouverture et une requalification dans leur boulot. Autant favoriser très tôt cette alternance emploi-formation. En France, on produit 25% de tous les psychologues d'Europe et évidemment, ils n'ont pas de boulot. Ils s'enferment dans des études longues plutôt que de commencer à travailler par exemple sur le terrain dans des organismes sociaux, avant de reprendre un temps d'étude adapté à ce qu'ils auront aimé et à ce que le marché leur permettra.

(b)Les seniors ont leur rôle à jouer dans la transmission des compétences...(/b)

Thierry Delarbre : Il faut essayer de redonner un rôle à chaque génération. Ceux qui ont l'énergie de la jeunesse devraient produire et ceux qui ont l'expérience ont un rôle à jouer vis-à-vis de ceux qui arrivent dans le monde du travail. Ça pourrait être aussi un élément fantastique d'ajustement du salariat. Le meilleur apprentissage dans les métiers à forte expertise, c'est le compagnonnage. Aujourd'hui, on met les jeunes à la place des anciens, sans même parfois les encadrer. Il y a quand même là une véritable anomalie.

Jacques Pansard : Les seniors ont également un rôle important à jouer dans le pilotage des projets de transformation. Aujourd'hui on ne sait pas choisir le bon directeur de projet dans l'entreprise. Ce sont des profils pour des gens qui sont mûrs pas pour des jeunes de trente ans. Il y a des tas de pistes pour les gens qui ont 45-50 ans. Aujourd'hui, on veut les jeter dehors pour gagner en masse salariale mais les enjeux sont ailleurs.

(b)Vous défendez le modèle de " flexisécurité ", dire que la précarité est un passage obligé c'est difficile à entendre, on l'a vu au moment du CPE...(/b)

Thierry Delarbre : Le CPE c'est quand même la manifestation légitime d'incertitudes et d'inquiétudes des jeunes. Mais je crois qu'il faut tenir un langage de vérité. Dans les entreprises, on recule souvent les moments où il faut prendre des décisions difficiles de licenciements. Pourquoi ? Parce que quand vous êtes au chômage - je l'ai vécu à titre personnel - vous devenez un exclu, vous êtes satellisé, vous sortez complètement du monde du travail, vous disparaissez, vous n'existez plus. Et ça devient extrêmement difficile d'y revenir. C'est là où nous faisons une proposition : il faut inverser tout cela. Il ne faut pas avoir peur de faire les ajustements plus tôt. Plus vous retardez et moins les entreprises ont des chances de se remettre ; plus vite on ajuste, plus on a de chances de repartir quand la conjoncture se retourne, c'est çà la flexibilité. Mais il faut contrebalancer la peur légitime du chômage, faire en sorte que les gens ne soient pas exclus. Il faut leur permettre de rester salariés, soit en stage dans une entreprise dans laquelle ils se requalifient soit dans l'organisme qui délivre les formations qualifiantes. Du statut de producteurs de valeur directe, plutôt que de perdre leur âme dans un sentiment d'inutilité, ils se mettent en situation de construire de la valeur pour demain. Ils ne sont plus indemnisés à ne rien faire, ils sont payés pour se former et prendre le relais demain. A partir de là, il y a une forme de sécurité bien meilleure qu'aujourd'hui : celle de l'employabilité et de l'utilité !

Jacques Pansard : La précarité n'est pas un problème en soi si on instaure une dynamique et si on couvre les risques majeurs. Il faut banaliser le fait d'avoir des hauts et des bas. A un moment on sera actif, à un autre on sera en phase de recyclage. Il faut arrêter de stigmatiser les gens.

(b)Tout cela demande une adhésion collective, c'est pourquoi vous parlez de désir ?(/b)

Jacques Pansard : Au-delà des aspects économiques, il y a un projet national au plan social qui réunit les valeurs de tout le monde. D'un côté, on s'occupe des gens qui sont dans la panade et de l'autre, on respecte la vision de ceux qui veulent faire du business. Qui peut être contre ça ? C'est pour cela que le livre s'appelle "Désir d'emploi". Le changement se provoque par le désir...

(i)Désir d'emploi, pour tous ceux que le monde du travail ignore(/i), Editions Vuibert, 170 pages, 18 euros.

le 04/08/2006

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