Au fait, c’est quoi un « job à la con » ?

Au fait, c’est quoi un « job à la con » ?

Les magazines Vice et L’Obs ont remis cette semaine au goût du jour les « bullshit jobs », ces emplois « à la con » liés à la nouvelle économie selon l’anthropologue américain, David Graeber. Des emplois qui seraient de plus en plus nombreux…

Il n’y aurait donc plus que de sots métiers… En 2013 pour la première fois sont évoqués les bullshit jobs dans un court pamphlet signé David Graeber, anthropologue à la London School of Economics. Ces « emplois à la con », vides de sens et d’utilité pour la société, sont exercés par des salariés de bureau conscients de la superficialité de leur tâche. Des métiers de plus en plus nombreux, liés à la bureaucratisation accrue de l’économie. Si l’économiste Keynes prédisait une durée de travail hebdomadaire réduite à 15 heures par semaine grâce aux avancées technologiques, David Graeber constate à l'inverse que « la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus ». Et d’insister sur « le gonflement, non seulement des industries de service, mais aussi du secteur administratif, jusqu’à la création de nouvelles industries comme les services financiers, le télémarketing, ou la croissance sans précédent de secteurs comme le droit des affaires, les administrations, ressources humaines ou encore relations publiques ».

Votre emploi va-t-il disparaître ?

Bref, selon lui : « C’est comme si quelqu’un inventait tout un tas d’emplois inutiles pour continuer à nous faire travailler ». Les métiers d’infirmières, éboueurs, professeurs, dockers et musiciens sont à l’inverse des métiers utiles poursuit Graeber face aux missions des lobbystes, huissiers de justice, etc. Ces métiers inutiles étant les mieux payés…

Critique facile ? A sa sortie ce pamphlet a eu un certain écho. Il résonne à nouveau avec des témoignages recueillis cette semaine par le site Vice et le magazine L’Obs. Ils ont interrogé des salariés exerçant des « jobs à la con » : consultant en communication, assistant analyste liquidé et risques structurels, consultant junior en systèmes d’information, hôtesse d’accueil, chargée de clientèle, brand publisher… Les postes très peu qualifiés comme ceux nécessitant de nombreuses années d'études  se côtoient, suivant le processus de polarisation de l’économie. Ce phénomène, selon l'Insee, s’est traduit au cours des trente dernières années par une hausse de 36% des métiers qualifiés (ingénieurs, cadres, etc.) et de 160% de ceux d’aides à domicile, aides ménagères, assistantes maternelles…

Les salariés interrogés par Vice et L'Obs sont conscients – comme l’expliquait Graeber – de la vacuité de leur mission. Certains – l’auteur dénonçait également des semaines de travail de 40 heures qui se réalisent en 15 – évoquent l’ennui au travail, la palme revenant à Cloé qui à peine arrivée au travail regarde des séries sur son écran d’ordinateur.

Les métiers qui ont le plus progressé en 30 ans

Comment expliquer le succès de la thèse de Graeber ? Elle est certainement dans l’air du temps : combien de salariés rêvent aujourd’hui d’une nouvelle vie, plus proche de leurs aspirations, à l’image de ces cadres quarantenaires, qui ont aussi profité de salaires conséquents, pour vivre leur « retour à la terre », le syndrome de la chambre d’hôte.

Le journal The Economist a reproché à l’anthropologue son analyse, lui reprochant notamment de flirter avant le « c’était mieux avant ». « Les salaires réels pour les employés de bureau d'aujourd'hui sont beaucoup plus élevés qu'ils ne l'étaient il y a un siècle, et le travail, si ennuyeux soit-il, n’est probablement pas aussi désagréable. Quant aux employés des administrations, ils peuvent s'asseoir dans des bureaux climatisés, tweeter et jouer fantasy football quand leur emploi du temps le permet ». En clair, quand les ouvriers pouvaient se plaindre de conditions de travail difficiles, les employés ruminent aujourd’hui leur ennui. Ce mal a toutefois pris un nom ces dernières années : le boreout, l’inverse de l’épuisement au travail, le burnout. Selon les auteurs de l’ouvrage  « Diagnose Boreout », 15% des employés de bureau sont victimes de ce syndrome. 

Peut-on souffrir d’ennui au travail ?

Autre raison pouvant expliquer le succès de la thèse de Graeber : la mutation du marché du travail. Les salariés ont déjà admis qu’il leur faudrait occuper plusieurs missions au cours de leur vie active. Un changement de job qui paraît nécessaire pour faire carrière mais aussi, certainement, pour ne pas avoir qu’une vie professionnelle. La carrière à la papa dans une seule entreprise toute sa vie ne fait plus rêver, depuis un moment déjà. Paradoxale, d’autant plus que si le chômage continuer d’augmenter, une autre injonction pousse les salariés à « s’éclater au travail », à exercer un métier passion. Un souhait pouvant aussi conforter dans l’idée d’exercer un métier à la con...

le 20/04/2016 par Guirec Gombert

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